samedi 12 décembre 2015

#2 - L'Enfer : Histoire d'un trou perdu turkmène

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Mesdames et Messieurs,  la porte de l'Enfer !
La première fois que j'ai entendu parler de la Porte de l'Enfer, de manière inopinée certes, j'ai pensé spontanément à Hadès dans le film Disney "Hercule", non je ne l'ai pas directement associé au "vrai" Hadès, dieu des Enfers de la mythologie Grec ou ne serait-ce qu'au Tartare ou au Styx, ma big référence !

Mais aujourd'hui il ne sera pas sujet aux mythes helléniques. Non ! Au programme : Turkménistan, Union Soviétique, extraction de gaz naturel, tourisme de masse et conception de l'enfer dans le monde. Mon développement s'appuiera autour d'un phénomène incroyable qui dure depuis à peu près 40 ans en Asie centrale : La Porte de l'Enfer, la vraie !



Reprendras-tu un peu de contextualisation ?

Avant de poursuivre sur cette fameuse porte, il est toujours intéressant de contextualiser et de savoir 2 ou 3 trucs qui pourront servir plus tard dans l'article. Le Turkménistan, pays localisé en Asie centrale, rayonne de par son nom peu commun pour les gens d'Occident mais unanimement apprécié par nos confrères Homo Sapiens habitant les environs (Afghanistan, Ouzbékistan, Pakistan, Kazakhstan,...). Difficile de l'insérer sur une map (sérieux, avec tout ces noms qui se ressemblent...), ce pays jouit d'une splendeur politique remarquable et donne un exemple indéniable dans l'application à la lettre des Droits de l'Homme qui ferait pâlir un certain petit joufflu teigneux nord-coréen à la corpulence hobbitienne. 


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Coucou !
Son "président" raisonnant au doux nom de Gourbangouly Berdymoukhamedov surnommé aussi "L'Arkadag" (patron protecteur en turkmène) est comparable à un méchant de James Bond dépeint par la scène cinématographique. Cet humble bonhomme n'hésite pas à se faire plaisir : instauration d'un culte de la personnalité comme au bon vieux temps de Ceausescu (statue en or, palais de 60000 m², trottoirs de la capitale Achgabat en marbre,...), élections douteuses, et quand monsieur tombe de cheval devant un parterre de privilégiés ébahi dans un hippodrome lors d'une course, une centaine de garde du corps se rue sur la pauvre victime, tandis que l'autre centaine de vigiles réquisitionne les téléphones portables et autres appareils numériques ayant copieusement enregistré la scène qui restera malgré tout dans les annales d'Internet (à regarder sur Youtube sans modération)... Un mec bien sinon. 

Ce culte de la personnalité rendant un émouvant hommage à l'ancien Bloc de l'Est (snif !) témoigne encore de nos jours de la forte présence de l'héritage soviétique dans ce pays... Ce n'est pas l'unique héritage, mais là n'est pas le sujet du jour.


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Statue en or à l'effigie de Mr Berdymoukhamedov,
il se l'est offerte de son vivant, c'est le swag ça ! 
On retiendra surtout que le Turkménistan a entretenu dans sa récente histoire des liens communs avec l'URSS (XIX-XXème siècle). Au XIXème, il était un oblast (région) crée par les russes : Oblast de Transcaspienne. Vers 1924 et 1925, la République Socialiste Soviétique (RSS) du Turkménistan est installée puis intégrée à l'URSS jusqu'en 1991, où il prend son indépendance après la chute de l'URSS. Aujourd'hui économiquement ? Il se base principalement sur ces grandes réserves de pétrole et de gaz naturel s'étendant sur un grand territoire constituant ces principales exportations, qui étaient d'ailleurs convoitées par les soviétiques. 

Pays boudé par les agences de voyage de nos jours à cause des conflits internes et de la non médiatisation de sa richesse paysagère et culturelle, il arrive tout de même à attirer des curieux désireux de voir de leurs propres yeux, entre autre, la porte de l'Enfer.

Allons-y gaiement !

La porte de l'Enfer. C'est pas un nom qui arrache sa maman quand même ? J'adore cette dénomination ! Et on comprend mieux le sens de la métaphore quand on mate la chose qui mesure 70 mètres de diamètre (voir images). Sérieux, c'est magnifiquement badass comme machin ! Comment ça se fait que cette créature tout droit sorti d'un film de SF ait pu se produire ? 



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De nuit, c'est mieux !
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Il y fait à peine chaud...


Revenons dans le temps avec nos amis soviétiques (contextualiser ça sert eheh !). Cet endroit a été découvert par les soviétiques en 1971 non loin de Darvaza (ou Derweze), une ville se situant dans le désert du Karakoum . A ce moment-là, la faille était éteinte, pas de feu, nada ! Les russes voulaient s'emparer de la grande quantité de gaz que possédait la zone. Ils ont donc construit une plateforme d'extraction et ont voulu en faire un complexe important fournissant un apport économique non-négligeable pour l'URSS en pleine Guerre Froide. Mais là, c'est le drame ! Le sol n'ayant pas supporté le poids de la structure d'extraction, se déroba gentiment sous celle-ci détruisant ainsi la plateforme. Irrécupérable et devenu inexploitable, des gaz toxiques s’échappèrent du site, les Russes dans l'embarras, choisissent alors de foutre le feu au trou. Selon les scientifiques, ce feu devait s'éteindre dans les semaines à venir en consommant le gaz qu'abritait le lieu. 44 ans plus tard, le feu scintille toujours et lutte contre le temps, son ennemi juré. 


Toute cette réserve qui s'épuise à petit feu, c'est con quand même ! Heureusement pour notre ami despote turkmène, des touristes toujours aussi friands de sensations fortes s'accumulent de plus en plus autour de cette fournaise pour en prendre plein la vue ! Et dire que notre très cher chef d'Etat turkmène voulait reboucher ce trou à l'aide de sa... grosse pelleteuse... Cette aubaine permet en effet d'attirer des touristes du monde entier, ce qui pousse le Turkménistan à développer son économie de plus en plus autour de ce secteur. Ouvertures d'hôtels, créations d'itinéraires de voyage passant dans ce coin, et j'en passe. Mais qu'est ce qui peut bien attirer le touriste à vagabonder dans cet endroit hostile dans le désert et dans un pays dont les libertés et les droits sont bafoués ?


L'Enfer dans le monde et sa conception



Merveilleuses sont les circonstances qui ont amené aujourd'hui ce feu infernal semblant magique à luire de sa douce lumière et émettre de sa vive chaleur en plein milieu du désert au sein d'une cavité nous évoquant à tous (enfin presque ah !) une figure mythique et inquiétante de l'Enfer. Selon George Minois, l'Enfer est présente dans beaucoup de société et sa représentation ne se limite pas qu'à la mythologie grecque ou à la religion chrétienne. Concept quasi-universel, on le retrouve dans la mythologie nordique sous la forme d'un monde souterrain sinistre logeant les morts suffoquants, mais ils n'y sont pas punis comme dans le christianisme. Au Sénégal, chez le peuple des Diolas, on parlera de "Pays des méchants" où les morts séjournent dans le noir. Des peuples amérindiens, à la tradition hébraïque ou musulmane, l'Enfer peut prendre un tout autre sens en fonction de la société où nous nous trouvons, mais la plupart la définiront comme un lieu où les morts se côtoient, rongés par la souffrance dans un domaine souterrain sombre. Certaines sociétés n'ont peut-être d'ailleurs aucune représentation de cette fin austère et lugubre, n'y accordant peut-être aucun sens ? Qui sait...

Pour en revenir à "notre Enfer" (j'en parle ici en tant que chrétien baptisé non pratiquant), il est synonyme de punition et de châtiment, intimement liés à la religion. La souffrance émane de l'antre de Lucifer, immense caverne rouge sang et sombre aux geysers de flammes puissantes révélant sa perversion et soulignant sa funeste magnificence, où se perdent macchabées et esprits bannis et maudits. Les vitraux, les frontons et les façades des églises où l'Enfer chrétien y était représenté, rappelaient aux fidèles qu'un manque de dévotion et de donation de sousous qui iront dans les popoches de la paroisse conduiraient leur existence post-mortem vers un sinistre sort. Source de pression imposée par les religieux du Moyen-Age au peuple, cette méfiance de l'Enfer souterrain se manifeste encore de nos jours. Il suffit que je vous parle d'antéchrist, de "666", ou de satanisme pour éveiller en vous je pense une légère appréhension macabre de l'Enfer. Vouer un culte à Satan n'est pas quelque chose de très bien vu, les groupes de Black métal en savent quelque chose (bien que les groupes ayant ce genre de propos ne se prennent pas au sérieux pour la grande majorité d'entre eux :) ). 



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Orphée aux Enfers - Jan Bruegel

Cette peur irraisonnée d'autrefois se transforme de nos jours en quelque chose d'intriguant et d'étrange. Le côté incroyable ressort particulièrement et la peur s'est estompée peu à peu. On le représente dans la peinture, dans la musique (le black métal par exemple), dans les films, dans les dessins animés, on utilise maintenant ce terme dans la vie de tous les jours pour désigner un "marasme" ou plus vulgairement un "bordel" comme pour illustrer une scène de rush à 12h30 à Quick ou à McDo, etc...


L'Enfer n'est plus l'objet des peurs d'antan, il est devenu source de curiosité, cela pourrait être potentiellement une partie de ce qui pourrait expliquer cet engouement pour la Porte de l'Enfer, qui, quand on vagabonde sur le net, renvoie à une image de puissance sereine et apaisante, remplissant allègrement notre panse affamée de faits spectaculaires. Mais à cause de l'héritage du symbolisme religieux, l'Enfer reste un truc vilain connoté négativement, c'est le MAAAAL quoi.

Vous comprenez peut-être mieux pourquoi la porte de l'Enfer ça claque et qu'il faut y aller... Hein ? 

Toujours est-il que maintenant que des vidéos et des photos pullulent de partout sur le net sur cette magnifique porte de l'Enfer, avez-vous toujours envie néanmoins après avoir lu mon article de payer un passeport, un visa, des vaccins et un billet aller-retour onéreux avec supplément 5 ou 6 heures de vol pour atterrir dans un Etat pseudo-démocratique totalitaire qui bafoue à outrance les libertés et les Droits de l'Homme et de parcourir un désert chaud chaud chaud (40 à 45°c) véhiculé dans une "chinoiserie" (lololol) qui risque de tomber en panne à n'importe quel moment sachant qu'en plus, ne vous attendez pas à être seul à profiter du spectacle, juste pour admirer pendant une vingtaine de minutes un trou perdu au milieu de rien qui pètent le feu ?


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L'envers du décor
Il faut vraiment y aller du coup ? Hmmm... là se pose une nouvelle question aussi brûlante qu'une fougueuse braise se dispersant dans une forêt d'arbres épineux en plein été dans le Sud-Est de la France. A suivre...

Jan BRUEGEL, Orphée aux Enfers, peinture à huile sur plaque de cuivre, 27 x 36, 1594, Palazzo Pitti, Musée des Offices (Florence)

Georges MINOIS, Histoire de l'enfer, 1994, PUF, Paris, 128 p.

Oliver ROY, L'Asie centrale contemporaine, 2010, PUF, Paris, 128 p.
http://www.lesinrocks.com/2015/05/27/actualite/trottoirs-en-marbre-et-statue-en-or-portrait-du-fantasque-dictateur-du-turkmenistan-11750227/

2 commentaires:

  1. Intriguant! Bel article.

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    1. Merci beaucoup ! ça fait plaisir d'avoir son premier com' sur un article ! ^^

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